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Centre virtuel de ressources

Centre virtuel de ressources

Observatoire des Risques Psycho Sociaux au sein de la Fonction Publique Territoriale Centre virtuel de ressources

Comment prévenir les RPS ?

Comment prévenir les RPS ?

Que recouvre, pour vous, la notion de « risques psychosociaux » (RPS) ?

William Dab : Pendant longtemps, on ne s’est préoccupé que des risques physiques du travail : accident, exposition à des agents chimiques, maladie professionnelle… Avec la tertiarisation des activités est apparue une dimension nouvelle : l’impact de l’organisation du travail, des contraintes de moyens et de résultat, des relations avec ses collègues, supérieurs et subordonnés, sur la santé psychologique et physique du salarié. Ce qu’on appelle « risques psychosociaux » désigne cet ensemble de facteurs, à l’intersection entre la perception de l’individu et son environnement de travail.

Peut-on donner quelques exemples de situations professionnelles relevant d’un RPS ?

W.D. : C’est, par exemple, pour le salarié, le sentiment de ne pas disposer des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa tâche ou de ses objectifs (ce qui définit le stress) ; le manque de reconnaissance ou d’autonomie ; des relations altérées avec son management ; une mauvaise ambiance au sein de l’équipe ; l’exposition à la violence verbale, le harcèlement… Avec des conséquences diverses : depuis la « boule au ventre », en se rendant au travail, jusqu’au suicide – manifestation extrême et heureusement marginale – en passant par tous les autres symptômes de stress.

Philippe Bailbé : Dans les collectivités territoriales, certaines situations sont de nature à augmenter le niveau de risque : une transformation rapide de l’environnement, dans le cadre, par exemple, d’un transfert de compétences ou d’un regroupement intercommunal ; la nécessité de remplir sa mission dans un contexte de restriction financière, induisant des changements organisationnels ou procéduraux. La mission de service public est un puissant pourvoyeur de sens. Quand un agent a le sentiment de ne plus pouvoir assurer cette mission correctement, le risque psychosocial est indéniablement plus élevé.

Quelle est selon vous la bonne approche pour prévenir et gérer de tels risques ?

W.D. : L’implication du management est fondamentale. Il n’y a pas forcément une seule bonne manière de faire. Mais sans un engagement de la chaîne managériale, toutes les approches sont mauvaises. Et notamment celles qui ne s’intéressent qu’à la dimension individuelle, aux caractéristiques de la personnalité.

P.B. : Tout à fait. Dans l’idéal, les risques psychosociaux font l’objet d’une gestion transversale, impliquant notamment RH , management, représentants du personnel et médecine du travail. Dans cette réponse collective, le manager joue un rôle crucial, à trois titres au moins : d’abord, par son aptitude à ne pas reporter sur les autres la pression qu’il ressent, à filtrer, hiérarchiser la masse d’exigences et de sollicitations qu’il reçoit ; ensuite, par sa faculté de reconnaître, dans son équipe et pour luimême, l’émergence d’un risque, d’un stress particulier ; enfin, par sa capacité, même en situation tendue, à maintenir un esprit collectif – le risque psychosocial est d’autant plus élevé que les agents sont isolés, laissés seuls face à un problème. Pour l’exercice de ces responsabilités, éminemment complexes, le manager doit bien sûr être sensibilisé, formé, appuyé par la fonction RH .

W.D. : Et doté d’outils, afin de pouvoir, notamment, réaliser un diagnostic régulier des risques psychosociaux, lesquels sont très évolutifs. Ces instruments existent. Les principaux ont été recensés par le réseau francophone de formation en santé au travail. Il reste à accélérer leur déploiement au sein des organisations.

Ces approches sont-elles encore valables en cas de crise aiguë ?

P.B. : Plus que jamais. Un exemple : en 2008, les ENA CT* (écoles nationales d’application des cadres territoriaux) ont été confrontées à la fin des formations initiales d’application des cadres, qui constituaient l’essentiel de leur activité : situation de stress et de perte d’identité. Dans ce cas, c’est le collectif, en recréant vite une dynamique autour d’un projet alternatif, qui a permis de surmonter la peur du vide. Le collectif et le symbolique. À Montpellier, par exemple, nous avions fait installer « CNFPT », sur la façade, comme signe d’attachement à notre identité. Dans les fondements du collectif, j’inclus aussi la bienveillance dans le management : l’attention portée aux autres, le fait de reconnaître publiquement un mérite, de permettre à un agent en difficulté de souffler… autant d’actes en forme d’antidote aux risques psychosociaux. Tout simplement parce qu’ils réaffirment la primauté de l’humain dans le management des organisations.

Face aux risques psychosociaux, quel est le niveau de maturité des entreprises et des collectivités territoriales ?

W.D. : La mobilisation dans les entreprises est réelle, mais un peu désordonnée, faute de modèles éprouvés. Dans les collectivités, la prise de conscience est plus récente. On manque encore de retour et de partage d’expériences, ce à quoi il faut s’atteler maintenant.

P.B. : Les collectivités expriment des attentes nombreuses en la matière. La détection, la prévention et la gestion des risques psychosociaux font aussi partie des champs d’action prioritaires du CNFPT pour 2011 et 2012 (voir ci-après).

Où se situe la France, en matière de prévention et de gestion des RPS, par rapport à ses voisins européens ?

W.D. : J’ai tendance à penser que notre pays n’est pas si mal placé. La mobilisation, chez les DRH notamment, est forte. Mais nous avons une approche particulière de la relation à l’autorité qui obéit plus à une logique d’affrontement qu’à une dialectique visant un consensus. Ce qui tend à accroître le niveau de risque psychosocial.

RPS : le CNFPT mobilisé

Siège, délégations régionales, Inset, Inet, pôles de compétences… Les différentes structures du CNFPT travaillent ensemble à l’élaboration d’une offre de services complète pour accompagner les collectivités dans le développement de la santé au travail et la prévention des risques psychosociaux : sensibilisation, appui-conseil aux collectivités, formation, journées d’actualité… L’objectif est d’éclairer les collectivités sur les démarches possibles et les actions qu’elles envisagent de mettre en oeuvre. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’un colloque est organisé le 16 novembre 2011 à Lyon. À cette occasion, il sera présenté un état des lieux des pratiques de prévention des RPS (fonction publique territoriale et secteur privé). Des collectivités apporteront aussi leur témoignage ; William Dab et d’autres experts éclaireront le débat. Pour en savoir plus : www.evenements.cnfpt.fr/rps/

* Dans ses précédentes fonctions, Philippe Bailbé était directeur de l’ENACT Montpellier.

Publié dans Service Public Territorial n°0, de Juin 2011

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