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Centre virtuel de ressources

Centre virtuel de ressources

Observatoire des Risques Psycho Sociaux au sein de la Fonction Publique Territoriale Centre virtuel de ressources

Elus du personnel et souffrance des collègues

Les élus du personnel sont confrontés aux souffrances des salariés et leur santé s'en ressent, montre une enquête réalisée auprès d'un millier de représentants du personnel par le cabinet Apex-Isast, et présentée hier au salon Eluceo. En bonus vidéo, Martine Keryer de la CGC nous dit comment un élu du personnel peut écouter les salariés sans absorber leur souffrance.
Expert auprès des CE et CHSCT, le groupe Apex-Isast a voulu mesurer le désarroi des élus du personnel face à la souffrance au travail des salariés (*). Bonne pioche, pourrait dire un cynique : l'auditorium du stade de France, où cette enquête était présentée hier dans le cadre du salon Eluceo, était comble. Un signe d'une réelle préoccupation, voire d'une angoisse des élus du personnel de plus en plus confrontés aux risques psychosociaux (voir en pièce jointe le document sur l'étude).

Les mots qui font mal

Quand on leur demande trois adjectifs qualifiant leur vécu, les termes positifs ne sont exprimés que par 10% des élus (motivant, enrichissant, gratifiant, etc.). Les termes "neutres" (difficile, complexe, important) représentent 7% des citations. A contrario, les termes négatifs abondent : 9% qualifient leur vécu de situations stressantes, 8% expriment un sentiment d'impuissance, 9% évoquent une situation d'épuisement, 6% un isolement, 6% un mal être, etc. 
Et 85% des élus interrogés disent avoir du mal à prendre du recul.
"Nos élus ne sont pas des professionnels de l'écoute. Ce sont des éponges qui absorbent tout ce qu'ils reçoivent. C'est donc logique qu'ils se retrouvent eux-mêmes rapidement en souffrance", témoigne Martine Keryer, médecin du travail et secrétaire nationale CFE-CGC chargée de la santé au travail, qui forme justement les élus à savoir écouter tout en se protégeant (voir son interview et ses conseils dans notre vidéo). Cette dernière raconte d'ailleurs avec effarement le discours que lui a tenu une jeune élue : "Elle m'a confié que pour elle, les salariés étaient comme ses enfants, et qu'elle était joignable 24 heures sur 24. Là, je dis danger : un tel comportement, c'est le burnout assuré dans quelques mois !"

Des élus aux prises avec des situations difficiles

Il faut dire que 51% des élus interrogés disent avoir été confrontés au moins une fois à une situation de suicide ou tentative de suicide dans l'entreprise, un pourcentage dont l'ampleur a surpris les réalisateurs de l'enquête. Par ailleurs, 91% ont eu à gérer des contextes de réorganisations ou de mobilité, le plus souvent à de multiples reprises; 79% ont été confrontés à des cas de harcèlement, 74% à un PSE, 31% à un accident du travail grave ou mortel, comme le montre le schéma suivant : 



(source : Apex/Isast)


Des élus peu préparés

Ces résultats témoignent de la rapidité des changements. "Tous les cinq ans, au moins 65% des entreprises modifient leur organisation", constate Frédéric Dumalin, de l'Anact (agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail).
Faisant face à ces problèmes, les élus y consacrent un temps important, les trois quart des élus jugeant que leur mandat a un impact sur leur vie personnelle, leur investissement suscitant selon eux, en retour, "une hostilité envers les instances représentatives". 
Fait paradoxal : 77% des élus se disent insuffisamment préparés à ces situations, alors même que 60% d'entre eux exercent des mandats depuis plus de 5 ans. Les élus affirment en revanche bénéficier d'un vrai soutien au sein de l'équipe des représentants du personnel. Mais un quart des élus n'a pas demandé d'aide auprès de leur syndicat. Frédéric Dumalin y voit le signe persistant d'un manque de valorisation des mandats CHSCT par les organisations syndicales, qui ont longtemps accordé leur priorité aux délégués du personnel, délégués syndicaux et membres de CE. 
Pour sa part, Marie Pascual, qui tient une consultation sur la souffrance au travail en Ile-de-France (**), constate l'isolement de certains élus : "Nous avons eu plusieurs cas d'élus venus consulter qui étaient littéralement fracassés par la violence des relations sociales dans l'entreprise. Cela se termine parfois dramatiquement par des inaptitudes et licenciements".

Ingratitude des salariés, opposition des directions

C'est un fait bien connu : les élus du personnel jugent leur rôle "ingrat" (voir notre article). Un tiers des élus estime ne recevoir "aucune reconnaissance des salariés", seuls 17% disant avoir eu un retour positif de la part des salariés sur leur action. Quant aux directions, 10% des élus les jugent "attentives pour trouver des solutions", mais un quart des sondés les perçoivent comme "opposées" et un tiers assurent qu'elles manquent de pouvoir. Là-aussi, l'Anact analyse sans détours ce sentiment : "Le problème de certains CHSCT, c'est qu'ils sont confrontés à une direction qui ne dispose pas des moyens et de la décision pour agir. D'où ce sentiment d'impuissance des élus à changer les choses..."

"Les élus sont pris de vitesse"

Concernant les situations auxquelles ils ont à faire face, les élus interrogés jugent que leur gravité s'est accentuée (35% des réponses), qu'ils sont davantage sollicités, mais que la prévention des risques psycho-sociaux s'améliore (11%). 
Ce dernier point pourrait être un trompe l'oeil, selon Marie Pascual : "Les élus sont parfois pris de vitesse par leur direction qui met en place une cellule d'écoute ou des tickets psy. Ils manquent d'information et de formation pour réagir et encore plus pour anticiper". 

C'est le travail qui est devenu malade

"C'est le travail qui est devenu malade, analyse globalement Alain Alfon-Layre, de la direction confédérale de la CGT. Ne pas pouvoir faire correctement son travail, devoir arbitrer soi-même selon les priorités, sans discussion collective, c'est ce qui fait souffrir les salariés comme les élus. Ce n'est pas possible d'être un citoyen dans la cité et de devoir fermer sa gueule dans l'entreprise. Nous devons retrouver de la démocratie dans l'entreprise, faire exercer un vrai droit d'expression des salariés". Et le syndicaliste de défendre des CHSCT de site pour multiplier les lieux où se discutent la question de la santé au travail.
Un sentiment partagé par Philippe Sabatier, du syndicat SNU de Pôle emploi : "Les textes sont là et les directions n'ont que les mots de dialogue social à la bouche. Mais elles font en pratique le contraire. A Pôle emploi, nous allons créer un observatoire de l'amélioration des conditions de travail pour tenter d'amener un débat sur le sujet".  

Peu de ressources externes

Pour faire face à ces situations problématiques au travail, les élus sollicitent peu l'Anact (agence pour l'amélioration des conditions de travail) ou ses agences régionales ainsi que la Carsat (caisse d'assurance retraite et de la santé au travail). Les représentants du personnel disent solliciter davantage les services de santé au travail, parfois en vain, ainsi que les experts auprès du CE et du CHSCT. 
Tous les spécialistes et syndicalistes présents hier lors du débat ont d'ailleurs insisté sur la nécessité pour les élus de se former (66% des sondés expriment d'ailleurs ce besoin, alors que moins de 10% disent avoir besoin d'un soutien psychologique), et de développer une stratégie collective, passant au-delà des clivages syndicaux. "Je le dis aux élus d'emblée, a expliqué Bertrand Jacquier, expert Isast, d'accord, je vous rends mon expertise lundi. Mais savez-vous ce que vous ferez mardi ?"


(*) 1 200 élus du personnel ont répondu au questionnaire envoyé cet été par Isast à 10 000 élus. Ceux qui ont répondu sont d'abord des délégués du personnel (57%), des membres du CE (55%) et CHSCT (51%) et délégués ou représentants syndicaux (51%), l'addition de ces pourcentages montrant à l'évidence un cumul des mandats fréquent. Par ailleurs, 22% des répondants relèvent du secteur industriel, 20% du commerce, 20% des banques et assurances, 17% des services, etc. 


(**) Consultation Souffrance et Travail à laquelle participe Marie Pascual : UMIF – FNATH (Ile-de-France), Centre National de Santé, 4 avenue Richerand, 75010 PARIS tel : 01 47 00 17 57e-mail : cst@umif.frPar Bernard Domergue (vidéo : Julien François)
http://www.actuel-ce.fr/comite-entreprise/chsct/a-325496/video-elus-comment-faire-face-a-la-souffrance-au-travail-des-salaries.html

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