Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Centre virtuel de ressources

Centre virtuel de ressources

Observatoire des Risques Psycho Sociaux au sein de la Fonction Publique Territoriale Centre virtuel de ressources

Harcèlement dans la fonction publique : un emploi à vie... mais à quel prix !

Forte de dix ans de pratique avec les agents du service public, l’avocate Christelle Mazza publie un ouvrage complet sur la souffrance au travail et le harcèlement moral*. Quelles sont les spécificités de la fonction publique par rapport au secteur privé ? Éléments de réponse.

Quels facteurs contribuent à la problématique de la souffrance au travail dans les trois fonctions publiques ?

On associe généralement le statut des fonctionnaires à une chance, sous prétexte qu’ils bénéficient d’un emploi à vie. Or leur situation n’est pas si enviable. La diminution des effectifs provoque un sentiment d’insécurité. Certains agents sont placardisés ou rémunérés à ne rien faire, les budgets sont en baisse alors que les missions restent les mêmes... De plus, l’organisation hiérarchique très rigide débouche sur une dilution des responsabilités. La dimension politique, notamment dans les collectivités territoriales qui subissent des changements d’équipe à l’issue des élections, entre également en ligne de compte. Rigidité du statut, contraintes budgétaires, facteur politique : de nombreux éléments contribuent à la souffrance au travail des fonctionnaires, dont la plupart sont très attachés à la dimension “service public” de leur emploi.

Vous expliquez d’ailleurs que les conséquences sont plus graves pour les agents publics que pour les salariés...

C’est ce qu’avancent la plupart des experts, en soulignant deux spécificités liées au statut des fonctionnaires. D’abord, le salarié bénéficie d’un régime juridique et jurisprudentiel plus favorable, tant en termes de reconnaissance des faits que de réparation. Ensuite, les agents titulaires sont liés à vie à leur employeur et ne peuvent donc pas quitter leur administration ou leur service. En se plaignant de harcèlement moral, ils risquent une placardisation ou une mauvaise évaluation qui pèserait sur leur évolution professionnelle. Le manque de réponse de l’administration participe également au problème : elle ne réagit quasiment jamais aux alertes de l’agent et, quand une suite est donnée, les juridictions administratives mettent entre 16 et 18 mois en moyenne pour statuer.

Vous évoquez différentes pistes qui contribuent au diagnostic et à la prévention. Quelles réponses vous paraissent les mieux adaptées ?

Il existe souvent un décalage entre les dispositifs et leur mise en œuvre réelle. C’est par exemple le cas du protocole de prévention et de gestion du harcèlement moral, intéressant dans son principe mais très peu appliqué. La situation évoluerait si la responsabilité des chefs de service était engagée, ou si une réflexion de grande ampleur était initiée sur la façon dont les équipes sont managées. Les bonnes pratiques RH du privé pourraient inspirer le secteur public. Il me paraît également important de faire évoluer l’arsenal juridique, notamment par la création d’une procédure ou d’un tribunal spécial, et le renforcement des pouvoirs d’injonction du juge sur les administrations employeurs.

Propos recueillis par Gilles Marchand

* Christelle Mazza, Harcèlement moral et souffrance au travail dans le service public, Editions du Puits fleuri, 2014.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article