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Centre virtuel de ressources

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Observatoire des Risques Psycho Sociaux au sein de la Fonction Publique Territoriale Centre virtuel de ressources

Le blues des agents territoriaux

MÉLANIE MERMOZ l'humanité dimanche
Vendredi, 14 Novembre, 2014
Photo : Lionel Bonaventure /AFP
Les fonctionnaires territoriaux manifesteront, le 18 novembre, à l’appel de 4 syndicats (CGT, FA-FP, FSU et Solidaires) avec les agents de toutes les fonctions publiques.
Photo : Lionel Bonaventure /AFP
Dans l'Humanité Dimanche. Dans les collectivités locales, les fonctionnaires territoriaux sont les premiers touchés par l’austérité. La crainte d’une réforme territoriale qui se ferait sur leur dos ajoute au malaise de salariés qu’on est toujours prêts à dénigrer. Ils manifesteront, le 18 novembre, à l’appel de 4 syndicats (CGT, FA-FP, FSU et Solidaires) avec les agents de toutes les fonctions publiques.

Avec 11 milliards de baisses des dotations de l’État d’ici à 2017, les collectivités territoriales font les frais de la politique d’austérité. Réorganisation à marche forcée, salaires qui stagnent, incertitudes liées à la réforme territoriale, le blues règne chez les 1,9 million de salariés de la fonction publique territoriale. Le point d’indice, élément majeur de calcul de la rémunération des fonctionnaires, déjà gelé depuis 2010, devrait le rester jusqu’en 2017. Sur les fiches de paie, ce langage technocratique se traduit par une importante perte de pouvoir d’achat. L’INSEE a ainsi calculé que ce gel avait entraîné une baisse de pouvoir d’achat de 0,5 % en euros constants entre 2011 et 2012. Plus concrètement, comme l’explique Didier Bourgoin, le secrétaire général du SNUCLIASFSU : « En 1984, une assistante de service social commençait sa carrière à 1,4 SMIC, trente ans plus tard, elle la commence à 1,12 fois le SMIC.

Depuis 1991, leur grille indicielle n’a pas été revalorisée alors que leur niveau de qualification a monté : elles doivent maintenant avoir un diplôme bac + 3. » Il faut dire que les fonctionnaires de la fonction publique territoriale (FPT) et leurs collègues non titulaires (la fonction publique territoriale compte 20 % de non-titulaires) sont particulièrement mal lotis : le salaire net moyen en équivalent temps plein (ETP) y est de 1 850 euros par mois, contre 2 240 euros dans la fonction publique hospitalière et 2 460 euros dans la fonction publique d’État. Les évolutions de carrière sont aussi plus faibles : 80 % des agents de catégorie C restent toute leur carrière aux échelons 3 et 4 et ne bénéficient d’aucune augmentation, si ce n’est l’ancienneté.

LES FEMMES, BAS SALAIRES

Quant aux femmes, elles sont particulièrement mal traitées ! Elles touchent un salaire plus faible (1 734 euros, contre 1 944 euros pour leurs collègues masculins), restent majoritairement cantonnées dans le bas de la hiérarchie (alors qu’elles représentent 61 % des effectifs globaux, elles n’occupent que 35 % des postes de catégorie A). « Les hommes sont davantage présents dans les métiers techniques polyvalents et l’encadrement, les évolutions de carrière y sont plus favorables de même que les primes. Nous demandons qu’à qualifications égales la rémunération soit la même », explique Didier Bourgoin. Mais le malaise est loin d’être lié seulement à la faiblesse des salaires. Le travail des fonctionnaires territoriaux est au plus près du quotidien des gens : de la PMI, en passant par les crèches, l’entretien de la voirie, les piscines et gymnases, l’aide aux personnes âgées... « La fonction publique territoriale ne ferme jamais : en 2012, 54 % des agents interrogés dans une enquête avaient au moins une fois travaillé en soirée, le samedi ou le dimanche », rappelle Didier Bourgoin. Ils restent pourtant un objet de moqueries récurrentes sur leur indolence : le spectacle des Chevaliers du Fiel intitulé « Territoriaux 2.0 », qui met en scène deux balayeurs, fait salle comble. Au-delà du « fonctionnaire bashing », c’est aussi l’incertitude liée à la réforme territoriale qui est source d’angoisses. Pour les fonctionnaires territoriaux, changer d’employeur, c’est aussi changer de rémunération, de conditions de travail. « Sur le fond, on ne sait rien. Les élus locaux eux-mêmes ne sont pas concertés alors les personnels... »

80 % DES AGENTS DE CATÉGORIE C Y RESTENT, TOUTE LEUR CARRIÈRE, AUGMENTÉS SEULEMENT À L’ANCIENNETÉ.

MANAGEMENT PRIVÉ

L’introduction d’un management copié sur le privé a d’autre part profondément modifié l’organisation du travail. On touche là au cœur du malaise des fonctionnaires territoriaux. « Nous assistons à une disparition des hiérarchies intermédiaires. Trois directions sont par exemple fusionnées, et une organisation transversale est mise en place avec un seul directeur. Celui-ci est alors très éloigné du terrain », décrit Marie Pezé, psychologue du travail, animatrice du réseau Souffrance et travail. « La hiérarchie n’est plus “soutenante”, elle est désormais là seulement pour contrôler des objectifs très éloignés du travail réel. Ces “managers”, comme on les appelle, sont souvent jeunes, très diplômés, ils sont appelés à changer rapidement de poste. » Une situation vécue douloureusement sur le terrain par Isabelle Péressin, assistante sociale à l’aide sociale à l’enfance dans un département de la petite couronne parisienne. « Les assistantes sociales qui sont en polyvalence doivent recevoir les personnes dans les 48 heures, même si elles n’ont rien à leur proposer. Elles deviennent de simples exécutantes. Les protocoles se rigidifient : il faut deux à trois semaines pour obtenir une aide financière pour un secours urgent. » De quoi déboussoler tous ceux qui cherchent un sens à leur travail.

DES ASSISTANTES SOCIALES À BOUT DE NERFS

Jeudi 6 novembre devant l’hôtel de ville de Saint-Denis (93), plus d’une vingtaine d’assistantes sociales sont rassemblées. Sur les 48 salariés du service social municipal, 22 ont fait valoir leur droit de retrait, le 30 octobre, « évoquant des possibles passages à l’acte » de collègues exténuées... Karine (*), assistante sociale, présente ce geste « non comme un mouvement revendicatif mais comme l’expression d’un profond malaise ». Celui-ci est ancien. En 2013, le service a compté pas moins de 529 journées d’absence pour arrêt maladie, fin septembre 2014, ce chiffre s’élevait déjà à 942. Un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), prévu de longue date, s’est tenu le 4 novembre. Il a statué que les éléments portés dans le courrier ne relevaient pas du droit de retrait, mais a proposé un plan d’action. Amel Dahmani, secrétaire du syndicat SUD CT de la mairie de Saint-Denis, s’étonne de cette réponse. « Un plan d’action est annoncé, mais pas d’enquête. Le droit du travail est pourtant clair : le droit de retrait déclenche une enquête immédiate. » Celle-ci aurait donc dû être déclenchée avant même la tenue du CHSCT. Plus que la situation sociale qui se dégrade, c’est le fonctionnement même du service qui est pointé et l’absence d’espace de réflexion collective. « Depuis février, nous n’avons plus eu la moindre réunion de service, à peine deux réunions partenariales », dénonce Odile. Pour Danièle Linhart, sociologue, chercheuse émérite au CNRS, ce malaise est commun à de très nombreuses collectivités territoriales. « L’importation d’un management inspiré du privé a un impact particulièrement douloureux sur les travailleurs sociaux. Sous couvert de rendre compte de “l’argent du contribuable”, c’est une véritable modification de leur identité professionnelle qu’on leur demande. » (*) À la demande de la personne, son prénom a été modifié.

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