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Centre virtuel de ressources

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Observatoire des Risques Psycho Sociaux au sein de la Fonction Publique Territoriale Centre virtuel de ressources

Le chèque santé : un outil de prévention des risques psychosociaux ?

Alors que beaucoup de français renoncent aux soins primaires faute de pouvoir les financer, voilà que les entreprises pourront en 2015 faire bénéficier leurs salariés de chèques santé pour accéder aux soins de bien-être. Bien que ce processus semble bénéficier en priorité aux prestataires de services et aux employeurs, il pourrait bien devenir un outil de prévention des risques psychosociaux.

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La santé des salariés devraient bientôt faire l’objet d’une nouvelle forme d’avantages en nature mis à leur disposition par les entreprises. On leur propose déjà les tickets restaurant, les chèques cadeaux à l’occasion des fêtes de Noël, ou chèques vacances suivant les possibilités des employeurs ou des comités d’entreprises. A compter de 2015, ils se verront peut-être octroyer des chèques santé.

Des chèques santé pour des prestations de bien-être

Cette initiative est sensée financer des consultations ou des soins de prévention non remboursés par la Sécurité sociale. Les chèques santé existent déjà, pour aider les personnes à faible revenu non bénéficiaires de la CMU à accéder aux soins primaires via l’Aide à l’acquisition à une Complémentaire Santé (ACS). Mais le processus dont on parle ici vise à donner accès aux salariés à des activités de « bien-être » qui ne sont pas ou peu prises en charge par les mutuelles. Ainsi, des services comme la kinésithérapie, l’ostéopathie, la pédicure-podologie, la chirurgie esthétique ou la psychologie pourront être en parie financés par les employeurs, selon un montant plafonné à 156 € par an et par salarié. C’est ce que propose une start-up montpelliéraine notamment, sous la forme de titres prépayés de prestations de santé dématérialisés, utilisables depuis leur smartphone, une carte à puce ou un code à imprimer. Comme cela se pratique chez certaines mutuelles, les professionnels souhaitant profiter de ce système devront y adhérer et les patients concernés par le chèque santé seront obligés de faire appel uniquement à eux.

Avantage pour les entreprises, choix restraint pour les salariés

De prime abord, on serait tenté d’observer que le chèque santé bénificiera tout d’abord aux employeurs, qui, étouffés par les charges réglementaires et fiscales, auront une nouvelle niche à exploiter afin de réduire l’impôt sur les sociétés. Au même titre que les autres avantages en nature, il sera également un argument supplémentaire pour attirer les éventuelles recrues lors des entretiens d’embauche. D’autre part, on voit bien que les salariés ont un choix limité sur le prestataire à consulter, ce qui peut éventuellement nuire à la qualité du soin pratiqué. Si on va plus loin dans la réflexion, qu’adviendra-t-il des salariés des établissements de santé qui financeront leur chèque santé ? Seront-ils obligés de faire appel aux professionnels « maison » ? Et ces derniers seront-ils contraints, s’ils ont une activité également libérale, d’adhérer au processus ?

Inversion de la pyramide de Maslow

En tout état de cause, il semble que ce processus soit discutable, et ce pour plusieurs raisons. Dans une conjoncture où une partie de la population française renonce à certains soins primaires par manque de moyens, il parait incohérent que des aides soient apportés aux salariés pour les soins secondaires dits de bien-être. Un peu comme si la pyramide de Maslow présentait un étage inversé. D’autre part, le chèque santé tel qu’il est présenté crée un besoin supplémentaire pour les salariés et profitera essentiellement aux prestataires concernés, dont certains ne sont pas des professionels de santé, qui pourront ainsi disposer d’une nouvelle clientèle.

Un outil de prévention des risques psychosociaux ?

Reste que tout n’est pas négatif dans cette initiative. A l’heure où, nous en avons déjà parlé dans nos colonnes, les salariés sont soumis à une pression de plus en plus forte, que le stress au travail gagne du terrain, et que l’absentéisme connait une croissance sans précédent, un peu de bien-être ne peut pas faire de mal. Sur ce champ également, la qualité du service rendu sera intéressante à évaluer afin que les chèques santé produisent bien les effets escomptés. D’autre part, ce processus ayant une couverture nationale, il n’y a pas de raison que les inégalités territoriales mises à jour pour les soins primaires n’apparaissent pas pour les soins de bien-être. Attendons donc l’année prochaine pour porter des jugements définitifs sur ce chèque santé dédié à la prévention des risques psychosociaux et au bien-être au travail.

Bruno BENQUE
Rédacteur en chef adjoint cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com

http://www.cadredesante.com/spip/infos/le-mot-de-la-redaction/article/le-cheque-sante-un-outil-de-prevention-des-risques-psychosociaux.html?var_mode=calcul

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