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Centre virtuel de ressources

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Observatoire des Risques Psycho Sociaux au sein de la Fonction Publique Territoriale Centre virtuel de ressources

«Notre rapport au travail a profondément changé », Raymond Torres, directeur du département recherche au sein de l’Organisation internationale du travail

La financiarisation et les nouvelles technologies sont en train de refaçonner le monde de l’entreprise dit un expert de l’OIT.

Raymond Torres, directeur du département recherche au sein de l’Organisation internationale du travail (Image: DR)

Directeur du département recherche au sein de l’Organisation internationale du travail (OIT), Raymond Torres analyse et décortique les changements qui affectent le lien employeur-employé. Il décrit un monde en plein chambardement.

Les changements qui affectent le monde du travail sont-ils liés à la crise ou à des causes plus profondes?

Nous vivons une transformation profonde du monde du travail. Cela affecte les salariés, les non-salariés et les entreprises elles-mêmes. La crise ne fait que s’ajouter. Elle est elle-même le produit de facteurs structurels.

Quels sont ces facteurs structurels?

Il y a les nouvelles technologies qui font que les paramètres traditionnels, unicité de lieu et unicité de temps, sont modifiés. Le travail transite de plus en plus par la Toile plutôt que par ce lieu qu’est l’entreprise. D'où l'émergence du "crowd work", véritable Bourse du travail sur Internet. Il y a d’un côté les donneurs d’ordres, ceux qui ont un besoin, et de l’autre côté des professionnels qui répondent. Même à l’intérieur de l’entreprise, les relations changent à cause du recours au travail intérimaire ou sur appel, aux contrats temporaires. Sans compter le recours accru à la sous-traitance. Les liens traditionnels entre l’employeur et le salarié sont bouleversés. Ce qui veut dire plus d’opportunités mais aussi plus d’insécurité.

Est-on sorti pour autant de l’équation capital-travail?

Aujourd’hui, les choses sont beaucoup plus complexes. Les nouvelles technologies et la sophistication de la finance ont changé les rapports. A l ‘intérieur du capital, il y a les grandes entreprises, la finance puis les petites entreprises sous-traitantes qui se trouvent soumises à la pression des marchés financiers dans un contexte de mondialisation. Les entrepreneurs qui sont à leur tête sont dans la même situation que les salariés il y a 20 ans ou 30 ans. Autrefois, il était simple de dire qui était l’employeur. Aujourd’hui ce n’est plus le cas et les responsabilités sont beaucoup plus diluées. L’entreprise n’est plus le lieu de socialisation qu’elle était. On le voit, la protection sociale, le tripartisme, les institutions du travail sont bouleversées par ces changements.

Cela implique-t-il que le travail n’est plus une valeur reconnue?

L’argent a pris trop de place. On est jugé par ce qu’on gagne, pas par ce qu’on fait. Par rapport à cela, le monde du travail a généré ses propres anticorps. On voit se développer des formes alternatives de travail avec le bénévolat ou l'économie solidaire, comme en Grèce aujourd'hui. Il y a aussi une demande pour plus d’éthique dans l’économie avec le commerce équitable par exemple. L’économie va essayer de répondre à cette demande mais je pense que ce sera insuffisant et à la marge par rapport au cœur de l’économie qui va continuer à fonctionner selon les mêmes paramètres. A moins que les forces du marché ne soient mieux maîtrisées. On le constate déjà dans certains domaines comme la lutte contre l'évasion fiscale ou l'extension de la protection sociale dans les pays émergents. Mais il faudrait aller au-delà.

Certains économistes prédisent la fin du travail, vous y croyez?

Je suis sceptique. Certes, l'automatisation gagne des pans entiers de l’économie, se substituant au travail humain. Mais de nouvelles opportunités d'emploi vont se présenter dans d'autres domaines, moins autobâtissables. Par exemple le service à la personne, la culture ou les activités éducatives. Avec l’allongement de la durée de la vie, les besoins sont colossaux. Sans compter le fait qu'il existe encore de nombreux besoins inassouvis, notamment dans les familles à faibles revenus. Tout cela nécessite de la croissance économique.

Et la décroissance préconisée par certains peut-elle offrir une alternative?

Pour faire face aux nouveaux entrants sur le marché du travail, Il faut que l’économie mondiale crée 40 millions d’emplois chaque année. Il y a plus de 200 millions de chômeurs dans le monde, dont 32 millions qui sont venus s’ajouter depuis la crise de 2007. Je ne crois pas qu’on puisse tourner le dos au progrès et à la croissance économique, mais on peut en corriger les travers. On le constate déjà dans certains domaines comme la lutte contre l'évasion fiscale ou l'extension de la protection sociale dans les pays émergents. Mais beaucoup reste à faire dans d'autres domaines comme la lutte contre le chômage des jeunes, devenu endémique, et l'aggravation des inégalités. Ou encore les faibles perspectives d'investissement dans les pays développés, notamment en Europe.

Débat jeudi soir à 19 h, UNI-Dufour dans le cadre des 47e Rencontre internationales de Genève.

 

http://www.tdg.ch/monde/Notre-rapport-au-travail-a-profondement-change--/story/16645765

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