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Centre virtuel de ressources

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Observatoire des Risques Psycho Sociaux au sein de la Fonction Publique Territoriale Centre virtuel de ressources

Souffrance au travail : un symptôme de (mal) santé publique (Philippe DAVEZIES)

Philippe Davezies, médecin du travail.

Travailler dans des conditions dégradées – tant physiquement que moralement – détériore l’image personnelle, mine l’estime de soi, et permet que surgissent des comportements compensatoires, défensifs qui, dans nombre de cas, vont conduire à la pathologie.

 

La question de la souffrance n’est pas spécifique à tel ou tel champ professionnel; elle procède de la société française dans son ensemble. Comme médecin et enseignant chercheur dans une faculté de médecine, je l’aborderai du point de vue de la santé publique. Dans ce domaine, les indicateurs, extrêmement généraux et quia priori sont loin du travail, sont plutôt défavorables en France par rapport à ce que l’on peut connaître en Europe. De surcroît, ils se sont dégradés depuis les années 1970, ainsi d’ailleurs que la position relative de la France en Europe. Par exemple, les taux de mortalité avant 65 ans sont particulièrement élevés en France avec un taux approximatif de 24 % de décès avant 65 ans; les inégalités entre catégories socioprofessionnelles se sont accrues entre les années 1970 et les années 1990, de même que l’écart de mortalité entre cadres supérieurs et ouvriers. Toute une série d’indicateurs de santé publique laissent à penser que cette dégradation s’est déroulée de façon concomitante avec la montée de la crise du travail.

Les atteintes à la santé ne constituent pas un bloc indistinct. Parmi elles, on peut repérer plusieurs « familles » ; les plus « traditionnelles » sont issues des nuisances physico-chimiques: cancers professionnels, silicose, saturnisme, dont l’ampleur dans l’histoire du travail a été considérable. On considère souvent qu’il s’agit là de phénomènes dépassés; on ne saurait pourtant être trop prudent en l’espèce!

On a vu, depuis les années 1970, apparaître et croître d’autres manifestations pathogènes; d’une part celles qui sont dues à une sollicitation excessive ou inappropriée, à un usage « excessif » des êtres humains. II s’agit de « pathologies d’hypersollicitation »; d’autre part, celles qui sont liées à la souffrance psychique, aux atteintes à la dignité et à l’estime de soi. II existe une tendance à considérer que notre société est devenue une société de l’information et de la communication, une sorte d’univers purement cérébral, à la Bill Gates. La statistique nous aide à sérieusement relativiser ces discours.

Vrais problèmes et faux-semblants statistiques

Quelques chiffres, tirés des enquêtes du ministère du Travail: 33 % des salariés et 54 % des ouvriers sont aujourd’hui encore exposés à des agents chimiques; 47 % des ouvriers à des nuisances sonores; 17 % des ouvriers à des cancérogènes… Rappelons que ne sont pris en compte que les produits dont on est certain qu’ils sont cancérogènes… Les enquêtes de la Dares nous ,apprennent que la manutention des charges a plutôt augmenté et que 38 % des salariés et 60 % des ouvriers disent être exposés aux poussières; enfin, quelque 300 cancers professionnels sont reconnus en France par an comme maladie professionnelle. Évidemment, comparé aux accidents de la route – soit un peu plus de 10000 décès par an – ou aux ravages de l’alcoolisme, cela semble peu. Ce que rappellent régulièrement les spécialistes de la santé publique pour relativiser le problème. Mais cette démarche est fausse et absurde; les cancers reconnus ne représentent qu’une toute petite partie des cancers professionnels réellement observés. II semble se dégager des études épidémiologiques que 5 % des cancers sont d’origine professionnelle. Si l’on se réfère aux chiffres de 1975, ces 5 % de cancers représentent 12000 cancers professionnels par an et 7000 décès, ce qui nous situe dans la même gamme que les accidents de la route. À ceci près pourtant que ces accidents sont répartis sur l’ensemble de la population, alors que les cancers professionnels sont eux essentiellement concentrés sur le groupe des ouvriers. Rapportée à ce seul groupe, la statistique devient terrifiante: on estime que 20 des cancers des ouvriers sont d’origine professionnelle. La probabilité d’un cancer pour un homme étant à peu près d’une sur deux, cela signifie qu’un ouvrier sur dix va faire un cancer professionnel. On mesure, à l’aune de ces chiffres, à quel point ces problèmes de santé soi-disant dépassés restent majeurs, mal repérés, mal défendus et mal indemnisés.

Une autre pathologie a littéralement explosé, à l’échelle du monde moderne, c’est la pathologie du type « Charlot des Temps modernes », la pathologie des gestes répétitifs. Notons pour l’anecdote qu’elle explose au moment même où l’on nous annonce avec insistance la fin du taylorisme, voire du travail… Cette pathologie est liée à une transformation des exigences de l’activité, qui se manifeste par une double pression. En amont, du côté des exigences financières; en aval, du côté du client. La montée des logiques financières correspond à la financiarisation de l’économie et au recul au sein des entreprises d’autres logiques, comme les logiques sociales ou même les logiques industrielles. C’est le cas avec la gestion des effectifs; la réduction des coûts s’étant manifestée en termes de réduction d’effectifs. D’ajustement traditionnel à des difficultés, ces réductions sont devenues un critère de qualité managériale en soi. II en a été de même avec la réduction des stocks afin de diminuer le capital immobilisé. Diminution des effectifs et réduction des stocks ont entraîné une diminution des marges de manoeuvre des salariés, marges de manoeuvre nécessaires pour faire face aux imprévus, aléas, etc., très importants aujourd’hui dans le monde du travail. 23 °/o des salariés disent ainsi ne pas avoir un temps suffisant pour faire correctement leur travail…

Montée en force des logiques financières et conséquences

Certaines enquêtes avancent des chiffres encore plus importants. Quand on demande aux cadres : « est-ce que vous avez le personnel qu’il faut pour obtenir les performances qu’on vous demande ? », près d’un tiers, parfois plus, répondent que non, ils n’ont pas les moyens de faire un travail de bonne qualité. Cette montée en puissance des logiques financières s’est traduite sur le terrain par une augmentation de la distance entre les lieux de prise de décisions et les lieux d’exécution. Cet éloignement est parfois extrême.

Du côté du client, on a assisté à des transformations générales du travail par un ajustement de la production au plus près des exigences du marché. On est passé du fordisme à des marchés de renouvellement, très fortement concurrentiels, où la bataille entre les entreprises se joue sur la capacité à s’ajuster aux variations qualitatives et quantitatives de la demande. Ce mouvement entraîne des conséquences tout à fait précises sur le fonctionnement de l’entreprise. Dans un self, la production se faisait derrière et le service devant; on a fait passer une partie de la production devant, et celui qui cuisine les pizzas, les steaks, produit directement sous la pression de la file d’attente.

À l’hôpital, s’il n’y a pas le personnel pour ouvrir le service de gériatrie, on ouvre quand même et le personnel est soumis à la demande des malades; à lui de se débrouiller pour répondre. II en va de même dans l’industrie. Quand la demande du client n’est pas directement perceptible, des modalités organisationnelles sont mises en place pour que la demande s’exerce directement sur le producteur. On diminue la distance entre producteur et client, pour assurer la pression du second sur le premier. Résultat : 58 % des ouvriers et 39 % des salariés déclarent que leur rythme de travail est déterminé par la demande des clients ou du public; 48 % des salariés disent devoir fréquemment abandonner une tâche pour une autre, non prévue. À l’inverse, un quart des employés de commerce sont parfois conduits à s’arrêter, sortir du travail, parce qu’il n’y a pas de travail. C’est l’ajustement au plus près. Les caissières, les transporteurs routiers sont emblématiques de cet ajustement au plus près à la demande du client avec ses conséquences sur la santé.

Prise en tenaille et complexification de l’activité

Au bout du compte, l’ensemble des professionnels de la santé au travail est d’accord pour constater qu’on a assisté à une mise en tension impressionnante du monde du travail. À cette double pression en tenaille, vient se surajouter une complexification assez importante de l’activité. On travaille de plus en plus sur des systèmes instables, sur des personnels en difficulté, sur des technologies dangereuses, etc. C’est le cas pour l’hôpital, pour le travail social, la production de masse, etc. L’activité elle-même s’est complexifiée. Elle se déroule dans une situation de tension très importante et en matière de santé, les répercussions sont lourdes. L’une des retombées les plus claires, ce sont les troubles des articulations, les troubles musculaires et tendineux, autrement dit les « troubles musculosquelettiques » (TMS) ou pathologie de la sollicitation. On ignore le nombre total de TMS, mais on connaît le nombre de TMS indemnisés. En 1990, il y en avait à peu près 1000; en 1992, à peu près 2 000 ; en 1993, 3 000 ; 1994, 4 000 ; 1996, 6 000 ; en 1997, 7 000, etc., et ça continue comme ça, avec une courbe absolument impressionnante, qui fait faire un bond considérable au nombre de maladies professionnelles puisqu’on est à peu près à 12000 aujourd’hui, alors qu’en 1990, on plafonnait à 4000 cas indemnisés. Encore cette courbe ne fait-elle que traduire partiellement la réalité des évolutions.

Pour s’en tenir à une pathologie unique, une grande étude de la Dares, l’Inserm, l’INRS, le ministère du Travail et la MSA pour le secteur agricole révèle qu’en 1994, on trouvait un syndrome du canal carpien médicalement établi chez 10,8 % des gens qui font du travail répétitif, contre 3,2 % chez les autres. II se trouve qu’on sait combien de salariés font du travail répétitif en France. II suffit donc d’appliquer les 10,8 % au nombre de salariés et d’enlever 3,2 % pour obtenir une estimation du nombre de syndromes du canal carpien. Dans l’enquête du ministère du Travail (1994), 20 % des salariés exécutent des gestes répétitifs à cadence élevée, ce qui donne pour 12 millions de salariés 180000 syndromes du canal carpien attribuables aux gestes répétitifs. Si on reprend le même calcul, non plus simplement sur les syndromes du canal carpien mais en incluant les autres pathologies, on va alors vers les 500000 cas d’atteintes ostéo-articulaires.

Dans certaines entreprises pas très importantes, la moitié des salariés aura ce type d’atteinte. L’intensification va avoir d’autres répercussions. Le fait d’être obligé de se dépêcher va peser sur la capacité des salariés à utiliser des méthodes préservant leur santé. Par exemple, dans le milieu de la recherche, dans les labos, certaines manipulations sont dangereuses et doivent êtres réalisées sous la hotte; mais on les fera sur la paillasse parce que la hotte est prise, qu’on n’a pas le temps. À l’hôpital, où l’on utilise des produits et des objets de plus en plus dangereux, les chimiothérapies anticancéreuses par exemple, le rythme de l’urgence bouscule les normes et les interdits. En cas de « coup de bourre », les réglementations de protection s’effacent; par exemple, une infirmière enceinte qui ne doit pas faire de chimiothérapies, dangereuses pour le foetus, va en faire. II ne s’agit pas là de spéculations théoriques; on prend la mesure de leur réalité en reconstituant des histoires de naissance d’enfants mal formés, etc. Ainsi, alors même qu’on va dispenser des conseils aux gens pour qu’ils se tiennent en bonne santé, on verra se développer des phénomènes d’intensification, face auxquels ces mêmes gens resteront désarmés, sans moyens pour prendre les précautions d’usage, en nombre insuffisant pour assurer les manutentions…

Entre surcharge de travail et déresponsabilisation

L’une des cibles de l’intensification, c’est la perte de temps, soit le temps pour discuter, pour réfléchir, pour anticiper, pour se former, mettre en oeuvre une série d’activités décisives pour le fonctionnement des organisations. Ces activités vont avoir tendance à être laissées pour compte, au bénéfice de l’activité la plus immédiate, la plus directement efficace, du moins apparemment. Du point de vue médical, il ne suffit pas d’avoir beaucoup de travail pour tomber malade, loin de là. On connaît des situations où, au contraire, le fait d’être chargé professionnellement protège plutôt contre les atteintes à la santé.

Ce qui est problématique du point de vue de la santé, c’est d’avoir une forte charge de travail et une faible autonomie, une faible capacité de mobiliser ses compétences, une faible capacité d’agir sur l’organisation de son travail, une faible capacité de discuter les modalités. En revanche, une forte charge de travail avec une forte autonomie peut constituer un facteur très favorable. La pathologie, on la trouvera de façon majeure là où les gens ont un haut niveau d’exigence mais un faible niveau d’autonomie. La tension artérielle, c’est pareil. Ce qui est mauvais en soi, ce n’est pas un fort niveau d’exigence mais le fait que les salariés ne peuvent pas donner une issue à cette énergie que mobilise, le stress dans l’action pour transformer leurs conditions de vie, pour agir, pour modifier les modes opératoires.

C’est à ce moment-là que ça se traduit en termes de dérégulation de l’organisme, en termes de perturbations tout à fait concrètes d’une partie du système nerveux, du système endocrinien, du système immunitaire. C’est une question du contrôle sur les conditions de vie. Fondamentalement, la santé a à voir avec cela, avec la capacité qu’ont les individus ou les populations à contrôler leurs conditions de vie. Dans le modèle d’analyse anglo-saxon, on distingue trois composantes: la contrainte, l’autonomie et le soutien social, c’est-à-dire la possibilité de s’appuyer sur la solidarité des collègues, sur l’entraide, ou d’avoir recours à une hiérarchie qui prend en compte les difficultés et qui offre la possibilité d’en discuter. Si on prend les gens qui ont un faible soutien social, toutes les pathologies augmentent.

Enfin, au chapitre « souffrances »», il faut compter la souffrance psychique. À l’époque du taylorisme, on ne disait pas simplement: « on va fabriquer une voiture comme ça »; on mettait en place des organisations du travail qui prescrivaient le travail dans le détail, par une description extrêmement fine des modes opératoires… Aujourd’hui, les hiérarchies ne sont plus en mesure de prescrire le travail de la même façon puisque la production n’est plus administrée d’en haut, mais au plus près de la demande du client. Cette évolution vers le pilotage par l’aval restreint la capacité des hiérarchies à dire précisément ce qu’il faut faire et se traduit par un discours sur l’autonomie, la responsabilité, etc.

Désengagement des hiérarchies et perte de sens

Au bout du compte, on assiste à un désengagement des hiérarchies vis-à-vis des modalités d’exécution du travail. De plus en plus, consciemment ou inconsciemment, le point de vue des hiérarchies se résume à : «débrouillez-vous», avec la montée en puissance d’indicateurs de plus en plus abstraits. II y a de plus en plus d’endroits où les gens travaillent non pas avec des gammes ou des modes opératoires prescrits mais avec des indicateurs chiffrés, des ratios; il leur faut obtenir un rapport chiffre d’affaires/moyenne du personnel; le chef d’atelier est évalué sur son rapport entre masse salariale et chiffre d’affaires, rapport sur lequel sa possibilité d’action est extrêmement faible. Idem pour les cadres; il leur est impossible, au travers de leur activité, d’agir réellement sur les indicateurs quantitatifs qui sont assignés comme objectifs par la direction. Cette situation met les directions en face d’une contradiction. II leur faut d’un côté s’appuyer sur la mobilisation des salariés et de l’autre les contrôler.

Tout le mouvement-qualité vise cet objectif. II permet d’organiser la discussion dans l’entreprise sur la réalité du travail, du moins théoriquement; en pratique, les normes sont prescrites de l’extérieur, le plus souvent sans débat, et elles servent plutôt à empêcher le débat sur le travail qu’à soutenir une authentique discussion. Le tout vient accroître encore la distance entre le travail prescrit et le travail réel. On voit donc des gens travailler et tout faire pour que la certification soit en ordre, mais au détriment d’une réalité, de la qualité. Cette question de la qualité a un impact très important dans l’entreprise et pour les salariés.

Le discours qualité joue sur une corde très sensible, celle du travail bien fait. Généralement, au travail, les salariés prétendent faire plus que ce qui leur est demandé. II ne s’agit pas seulement pour eux de satisfaire aux critères de performance quantitative mis en avant par la direction ; ils entendent tenir d’autres critères de performance sur lesquels ils engagent leur identité et leur santé: la notion du travail bien fait, les notions de respect du matériel, de respect des hommes, de solidarité, de justice, d’authenticité. Et les salariés que nous voyons dans les cabinets médicaux témoignent de l’écartèlement dans lequel ils sont pris, entre les modalités de contrôle tout à fait abstraites de la performance, donc quantitative, et ce qui constitue à leurs yeux des critères de bon travail. C’est valable évidemment dans le travail social, c’est également valable sur des machines.

Prenons l’exemple d’un découpeur sur rameuse qui opère sur un massicot; une lame tombe et son boulot, c’est juste de faire des piles correctes de papier. (idée d’un enjeu qualité n’est pas évidente, et pourtant! Pour le chef, ce qui compte, c’est de faire taper la machine à grande cadence de façon à ce qu’on l’entende du bureau. Certes, cette cadence soutenue multiplie les malfaçons; quand la machine va trop vite, on a un mauvais contrôle des longueurs, ça ne coupe pas bien, mais on s’en moque. Car au-dessus du chef, « ils » ne connaissent pas le travail, « ils » ne connaissent que la vitesse. De telles situations sont surabondantes. Dans l’enquête Esteve, qui porte sur le vieillissement au travail en France, il y avait une question: est ce que vous avez les moyens de faire un travail de bonne qualité ?

C’est probablement la question qui s’est avérée la plus productive, en ce sens qu’elle était la plus explicative des atteintes à la santé. II existe une relation statistique forte entre le fait d’avoir les moyens de faire un travail de bonne qualité et la pathologie, tant ostéo-articulaire que psychique. Dans les cabinets médicaux, ce dont se plaignent les salariés ce n’est pas au premier chef l’intensification du travail, c’est la dégradation de la qualité et du sens du travail. C’est le fait qu’il devient difficile de distinguer le vrai du faux, l’utile de l’inutile, le juste et l’injuste, le sincère et le stratégique; le fait que dans nombre de cas, même les salariés n’ont plus les critères qui leur permettent de savoir si ce qu’ils font est bien ou non. À ce moment-là, la souffrance psychique n’est plus liée simplement à un problème d’intensification, mais à celui de la qualité du travail et de l’engagement dans le travail. Ce qui est alors attaqué, c’est l’identité et la santé. Faire du mauvais travail dégrade l’image personnelle, mine l’estime de soi, et permet que surgissent des comportements compensatoires, défensifs qui, dans nombre de cas, vont conduire à la pathologie.

http://www2.emergences.fr/dossiers/rps/2010/01/05/souffrance-au-travail-un-symptome-de-mal-sante-publique-philippe-davezies/

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