Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Centre virtuel de ressources

Centre virtuel de ressources

Observatoire des Risques Psycho Sociaux au sein de la Fonction Publique Territoriale Centre virtuel de ressources

Spécificité des femmes cadres au regard des risques psychosociaux ?

Spécificité des femmes cadres au regard des risques psychosociaux

Ouvriers, employés, professions intermédiaires, cadres ne sont pas soumis aux mêmes exigences ou contraintes professionnelles. Ils ne sont pas exposés aux mêmes risques psychosociaux. Les cadres et professionnels intermédiaires se déclarent sous-tension. Ce mal-être est induit par les réorganisations répétitives des entreprises sous l’effet du néo management, de la mondialisation, et de la financiarisation. Parler des cadres comme d’une seule voix paraît cependant abusif car les cadres constituent une population très hétérogène, dans laquelle les femmes occupent des positions spécifiques. On peut dès lors s’interroger sur la pertinence d’une spécificité «femme» au regard des risques psychosociaux des cadres.

 

TROP SOUVENT, LES FEMMES N’ONT PAS ACCES AUX MEMES MÉTIERS QUE LES HOMMES, C’EST LE RÉSULTAT D’UNE DOUBLE DISCRIMINATION

D’une part, la ségrégation verticale. La moitié d’entre-elles ne sont présentes que dans 10 % des secteurs d’activités. Elles occupent souvent des métiers dits « relationnels » comme les métiers sociaux, les métiers de l’éducation ou de la santé qui exigent plus d’autocontrôles, plus d’engagement de soi, de l’empathie, et plus de la rigueur. Les compétences développées pour faire face aux contraintes de relation avec le public ne sont pas valorisées, car considérées comme relevant du «naturel féminin»et non d’un quelconque talent particulier.

D’autre part, le plafond de verre. Bien qu’elles aient les mêmes atouts professionnels (diplômes, compétences) que leurs collègues masculins, elles n’ont pas le même parcours professionnels et n’accèdent pas aux mêmes niveaux de responsabilités. C’est le résultat de déqualifications répétées (déclassement à l’embauche, dévalorisation ou report de promotions). On retrouve donc les femmes cadres dans une position hiérarchique d’entre-deux. Elles sont cadres intermédiaires, cadres de proximité.

Cette position leur impose de gérer des situations contradictoires, difficiles à tenir comme faire du chiffre, gérer des effectifs, des conflits, appliquer des outils de contrôle et d’évaluation, et cela avec peu d’autonomie. Cette combinaison demande forte/faible latitude définit une situation à risque dite de « job strain ». Et pour celles qui transgressent la norme du genre par exemple les informaticiennes très qualifiées, elles le paient cher. Certaines, que la sociologue Catherine Marry appelle «transfuges» plaquent tout et se réorientent vers des métiers conformes aux attentes sociétales. Les femmes qui exercent un métier considéré comme masculin présentent des risques psychosociaux spécifiques.

L’approche sociologique des risques psychosociaux défendue par Marc Loriol sociologue, spécialiste du stress au travail, développe l’importance de l’interaction entre la perception des contraintes de travail et les ressources individuelles ou collectives mises en œuvre pour faire face à une situation ressentie comme « stressante ».

Les stratégies collectives sont plus présentes dans les milieux professionnels traditionnellement masculins. Les hommes agissent pour modifier les sources de difficultés potentielles. Ils organisent des routines de coopération et s’op- posent collectivement à des « autres » rendus responsables. Le parcours personnel éducation, norme sociale...) des femmes les incite à utiliser des méthodes de « coping » plutôt individuelles et centrées sur les émotions. Leur rôle social, leur invisibilité dans les luttes comme partout, les poussent à verbaliser leur ressenti et intériorisent les causes de difficultés.

La nature «relationnelle» de métiers à dominante féminine qui demande des exigences émotionnelles fortes sans la reconnaissance de compé- tences développées pour y faire face d’une part , la position des femmes cadres dans la hiérarchie intermédiaire porteuse de contraintes fortes avec peu de marges de manœuvre d’autre part, et enfin les techniques de régularisation féminines individuelles qui ne s’appuient pas sur un soutien social,déterminent bien une spécificité «femmes» au regard des risques psychosociaux des cadres.

icon Cadres Infos 690 (153.54 kB)

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article