Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Centre virtuel de ressources

Centre virtuel de ressources

Observatoire des Risques Psycho Sociaux au sein de la Fonction Publique Territoriale Centre virtuel de ressources

Un peu de qualité dans ma vie au travail, c’est possible ?

Un peu de qualité dans ma vie au travail, c’est possible ?

Le bien-être au travail est devenu un sujet essentiel pour les salariés comme pour les managers. Emmanuel Abord de Chatillon, professeur des Universités à l’IAE de Grenoble, chaire Management et santé au travail, fait le point sur les bons comportements que le dirigeant d’une entreprise doit adopter pour booster ses salariés et donc par définition sa société.

Suicides au travail, stress, harcèlement, épuisement professionnel, dépression, violence… Le vocabulaire de l’entreprise s’est enrichi en dix ans de l’ensemble des descriptifs des pathologies psychosociales. Renault, France Télécom… La crise des suicides est passée et nos organisations en ressortent marquées, les managers marchent sur des œufs et chacun essaie, avec ses moyens, de porter (enfin !) attention au bien-être des salariés. Cela se traduit à la fois par un accord national sur la qualité de vie au travail signé en juin 2013, mais aussi par une attention soutenue sur cette question de la part de dirigeants qui restent cependant dubitatifs. Que l’on passe de la prévention des pathologies psychosociales à la promotion de la qualité de vie au travail d’accord, mais qu’est-ce que c’est exactement que la qualité de vie au travail ? En quoi cela concerne-t-il les managers ? On aimerait bien s’occuper du bien-être des salariés, mais n’a-t-on pas mieux à faire ? Ne devrait-on pas plutôt se préoccuper de la performance de nos organisations ? Ne devrait-on pas plutôt s’assurer de la qualité de notre production de biens ou de services ?

Le confort vous empêche de démissionner

L’état actuel des connaissances sur le sujet permet de répondre clairement à ces questions. S’occuper du bien-être des salariés, c’est aussi s’occuper de la performance de l’organisation ! C’est aussi traiter de la qualité de vie au travail. Et c’est avant tout le travail des managers. Une étude menée cette année au sein de la chaire Management et santé au Travail de l’IAE de Grenoble1 tente de qualifier ce qui peut définir la qualité de vie en entreprise. Et c’est à travers le modèle Slac (du sens, du lien, une activité adaptée et du confort) que se manifeste le bien-être au travail. 
Débarrassons-nous tout de suite du “confort”. Le confort, c’est un lieu de travail agréable, une rémunération convenable, une cafétéria propre et sympathique, voire une conciergerie ou un espace pour faire garder les enfants, les animaux de compagnie ou les ovocytes2. Mais ces démarches oublient quelque chose de fondamental, c’est que le confort, c’est ce qui vous empêche de démissionner, pas ce qui vous fait apprécier votre travail et vous donne envie d’aller travailler. Changer votre fauteuil c’est bien, changer votre travail, c’est bien mieux ! Le confort, c’est ce qu’il nous reste quand le travail n’a plus de sens…

Le manager est trop sollicité 

Une activité qui a un “sens”, c’est avant tout un travail de qualité comme l’indique Yves Clot3 (“Pas de qualité de vie au travail sans travail de qualité !”). Le problème, c’est que le manager n’a pas toujours la capacité d’agir sur le sens ou la qualité du travail, mobilisé qu’il est par les “machines de gestion” (systèmes d’informations envahissants, processus de reporting perpétuel, règles pointilleuses, démarches d’évaluation ou de normalisation...). D’ailleurs, il le dit : “Je n’ai pas de temps à consacrer au management !”, alors même que cela devrait constituer le cœur de son activité… Non seulement le manager n’est pas disponible pour son travail de management, mais en plus, il tente de travailler (est-ce vraiment du travail ?) au rythme des interruptions (un cadre est interrompu en moyenne toutes les quatre minutes nous dit l’Apec…). Si l’on ajoute les sollicitations nombreuses et variées des écrans de toutes sortes dont on ne peut plus se passer, qu’est-ce qu’il nous reste de temps pour bien travailler ? Et d’ailleurs, c’est le matin tôt et le soir tard, voire chez lui le week-end que le manager trouve, enfin, le temps de faire son travail.



Les managers doivent s’occuper…de leur travail

Quant au “lien” du modèle Slac, il est considéré comme essentiel par trois salariés sur quatre qui souhaitent que le travail se fasse en bonne relation avec l’autre, qu’il soit chef, collègue, subordonné, client ou fournisseur. Etre bien au travail, c’est travailler avec et pour l’autre. Et sur ce point, le manager a un rôle à jouer, celui qui crée et maintien les liens. Et là, il ne s’agit pas de faire la promotion d’un soutien social instrumentalisé et normé, mais plutôt de faire du manager un dynamiseur des espaces de discussion. Ces espaces de discussion, ce sont des lieux où chacun peut parler et échanger autour du travail et de ses enjeux. Ces lieux existent, mais sont souvent sous-exploités… Trop nombreuses sont les réunions de service où l’échange se réduit à des monologues successifs que chacun écoute distraitement en traitant ses messages ; trop nombreux sont ces entretiens d’évaluation qui ne servent qu’à remplir plus ou moins conjointement la grille fournie avant de passer le plus vite possible à autre chose… Quant aux discussions entre collègues, l’intensification du travail est passée par là et ne leur laisse plus beaucoup de place (être productif, c’est bien, mais avoir le temps de comprendre ce que l’on fait, c’est largement aussi important…). D’ailleurs comme l’indique Mathieu Detchessahar, dans nos organisations, ce n’est pas de trop de management dont on souffre, mais de pas assez ; pas assez de contacts avec mon chef, pas assez d’explications, pas assez de sens, mais aussi pas assez d’intérêt porté à mon travail. Managers, abandonnez la gestion des processus qui vous prend tout votre temps et occupez-vous un peu plus du travail : le vôtre, mais aussi celui de vos subordonnés, cela fera du bien à tout le monde…
En ce qui concerne “l’activité”, il est nécessaire de promouvoir une véritable séparation des vies personnelles et professionnelles. Être capable d’oublier son travail lorsqu’on le quitte physiquement, c’est la meilleure manière d’être en capacité de le faire correctement le lendemain. Ceux qui sont tout le temps au travail sont perpétuellement en train de courir derrière… non seulement ils en souffrent, mais en plus, ils ne rendent pas service à leur entreprise. Managers, vous voulez être plus performant dans votre travail ? Et bien rentrez chez vous !

1 http://www.chaires-iae-grenoble.fr
2 Je fais ici référence à la proposition récente de Facebook et Apple de financer la congélation des ovocytes de leur personnel féminin pour leur permettre de vivre pleinement (!) leurs carrières professionnelles…
3 Yves Clot, est professeur de psychologie du travail au CNAM et l’auteur de
Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux.

- See more at: http://www.courriercadres.com/carriere/conseil-management/un-peu-de-qualite-dans-ma-vie-au-travail-c-est-possible-29102014#sthash.JKrfDAbs.dpuf

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article